Université de Strasbourg

James R. Anderson

James AndersonJames Russell Anderson est professeur émérite au département de psychologie de l'université de Kyoto (Japon). Il a étudié la psychologie à l'université de Stirling (Royaume-Uni), où il a obtenu son doctorat en 1981. Il a ensuite été investigateur principal d'une étude sur des chimpanzés en milieu naturel au Liberia, en Afrique de l'Ouest (1982), puis a exercé en tant que maître de conférences au sein du département de sciences sociales du Queen's College de Glasgow (1983), où il a travaillé au développement de protocoles informatisés en psychologie. De 1983 à 1990, il a occupé différents postes de maître de conférences (associé) et de professeur adjoint au laboratoire de psychophysiologie de l'université Louis Pasteur à Strasbourg, tout en menant des recherches comportementales sur les processus sociaux et cognitifs chez les lémuriens, les capucins et les macaques.

De 1990 à 1995, le professeur Anderson a travaillé sur le comportement social, l'apprentissage, la cognition et l'enrichissement de l'environnement chez les primates non humains pour le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), au sein du laboratoire de psychophysiologie. De 1995 à 2014, il a exercé en tant que maître de conférences au département de psychologie de l'université de Stirling (Royaume-uni) et, de 1998 à 2014, il a été professeur et chercheur invité à l’université de Kyoto, où il est devenu professeur titulaire en 2014.

James R. Anderson a été rédacteur adjoint du Journal of Comparative Psychology (1991-1994), rédacteur au sein de l’American Journal of Primatology (2006-2013) et membre du comité de rédaction de Current Psychology Letters: Behaviour, Brain & Cognition (1998-2001). Il a été membre du comité consultatif (2002), du comité de rédaction (2002-2015) et est actuellement vice-rédacteur en chef (2016- ) de la revue Primates. Il est également membre du comité éditorial d'Animal Cognition (2015- ).

Le professeur Anderson a publié plus de 200 articles dans des revues à comité de lecture, ainsi que 35 critiques de livres. Il a aussi participé à de nombreuses émissions de radio et de télévision en tant qu'expert sur la cognition et l'intelligence des primates. Au cours de la dernière décennie, il a publié de nombreux articles dans le domaine de la thanatologie évolutive comparée, explorant ce que d'autres espèces comprennent de la mort ainsi que la manière dont elles réagissent à l’agonie et au décès au sein de leurs sociétés.

 

Au cours de son séjour de décembre 2023 à Strasbourg, le professeur Anderson sera accueilli par la Dre Hélène Meunier (Fellow 2014) au Simian Laboratory Europe (SILABE) de l'université de Strasbourg, et donnera une conférence publique - Derrière, devant, et autour du miroir : la reconnaissance de soi chez les primates (voir ci-dessous).

Lors d'une précédente visite en novembre 2016, le professeur Anderson a donné une conférence publique intitulée Interactions entre êtres humains : évaluations sociales par les singes capucins (voir ci-dessous).

Conférence grand public - Derrière, devant, et autour du miroir : la reconnaissance de soi chez les primates

Le 7 décembre 2023 | De 15h30 à 17h00 | Salle de conférence, ISIS, Strasbourg

 

Par James R. Anderson, université de Kyoto, Japon

L’usage quotidien d’un miroir pour contrôler notre apparence témoigne de notre capacité à nous reconnaître. Nous avons tous, par exemple, une ou plusieurs représentations mentales de notre propre apparence physique vue de la perspective d’autrui. Depuis longtemps, le miroir a été utilisé pour étudier cette capacité à se reconnaître chez d’autres espèces, notamment son développement, les facteurs qui l’influencent, et son éventuelle présence. 

J’ai longtemps étudié la possibilité qu’au moins quelques espèces autres qu’humaines soient dotées d’une conscience de soi suffisamment élaborée pour comprendre que l’individu vu dans le miroir est, le plus souvent, « moi. » A plusieurs reprises, ces études ont montré que la plupart des “petits singes” comme les macaques, babouins, vervets ou encore capucins, présentent des réactions d’étonnement et de curiosité lors des premières confrontations avec leur propre reflet, mais surtout des réponses sociales, des mimiques faciales comme les claquements de lèvres, grimaces, menaces, sourcillements. Si le miroir est à portée, le singe peut regarder derrière pour mieux repérer ou même pour saisir cet étrange individu qui est là mais qui n’est pas là. Néanmoins, j’ai pu observer une chose surprenante : malgré l’absence de signes de reconnaissance de soi, des singes peuvent apprendre à suivre les mouvements de leurs mains dans le miroir afin de repérer et saisir une friandise non visible sans ce reflet. 

James Anderson Chimps large mirrorToutefois, la reconnaissance de soi suscite encore plus d'intérêt lorsqu’il s’agit des espèces évolutivement les plus proches de l’humain, les grands singes anthropoïdes. Devant un miroir, après quelques comportements “sociaux” dirigés vers leur reflet, les chimpanzés manifestent souvent des examens et contrôles de régions de leur propre corps normalement invisibles, effectués soigneusement à l’aide du miroir. Par exemple, ils regardent dans leur bouche, se curent les dents. 

De tels comportements nous montrent que ces grands singes possèdent cette capacité de reconnaissance de soi, et ce phénomène est confirmé lorsqu’ils passent la fameuse “épreuve de la tache.” Au cours de cette conférence, je montrerai des exemples de comportements animaux en présence d’un miroir, et je discuterai des implications des différences en termes de conscience de soi aux niveaux psychologiques et évolutifs.

Cette conférence se déroulera en anglais.

Crédits photos : Pixabay, Andre Mouton (photo en haut) : James R. Anderson (photo en bas) 

Conférence - Interactions entre êtres humains : évaluations sociales par les singes capucins

Le 21 novembre 2016 | De 14h00 à 16h00 | Amphithéâtre Lagache, Faculté de Psychologie, Strasbourg

 

Par James R. Anderson, professeur de psychologie à l’université de Kyoto.

La conférence sera donnée en français.

Des études récentes ont mis en évidence chez des espèces de primates non humains des éventuels précurseurs de nos sens de l’empathie et de la moralité. Par exemple, des singes capucins sont moins aptes à interagir avec un acteur humain qui refuse systématiquement d’en aider un autre.  De façon semblable, ces singes sont capables de détecter la réciprocité ou la non-réciprocité au sein d’un échange de biens entre tiers. Ils discriminent entre un acteur humain qui effectue un échange équitable avec un tiers et un acteur qui ne respecte pas la réciprocité de l’échange, et ils sont significativement moins prêts à accepter de la nourriture de l’acteur non réciproque. Ces résultats sont en accord avec l’hypothèse d’un processus de comptabilité émotionnelle, par laquelle le témoignage d’actes antisociaux répétés induit une évaluation négative du personnage antisocial.

Plus récemment, nous avons essayé de mieux identifier l’un des états affectifs ou des émotions impliqués dans ces évaluations sociales. A cette fin, deux acteurs procèdent à un échange équitable ou non, après lequel l’un des deux commence à transférer des morceaux de nourriture vers le singe. Dans cette situation de délai de gratification, le singe peut commencer à manger la nourriture à n’importe quel moment, mais cet acte termine le transfert. Par conséquent, pour maximiser la quantité de nourriture obtenue, le singe doit attendre pendant que la nourriture s’accumule. Les résultats montrent que les singes sont moins aptes à attendre lorsque la nourriture est transférée par un acteur non réciproque. Cette tendance « impulsive » se manifeste surtout lorsque le singe ignore la quantité totale de nourriture potentiellement disponible, c’est-à-dire dans une situation d’incertitude.  Ces résultats rappellent ce que font les jeunes enfants dans une situation comparable. Nous en concluons que la non-réciprocité d’un tiers induit la méfiance chez les singes capucins, et que les chercheurs devraient s’intéresser aux divers mécanismes sous-tendant les évaluations sociales chez d’autres espèces.

Crédit photo: WikiVillage.co.za

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