Université de Strasbourg

Lianne Habinek

Biographie

Fellow USIAS à Savoirs dans l'espace anglophone : représentations, cultures, histoire (SEARCH), université de Strasbourg

Lianne Habinek, USIAS Fellow 2019

Lianne Habinek est l’autrice de The Subtle Knot: Early Modern British Literature and the Birth of Neuroscience (McGill-Queen's University Press, 2018). Ses travaux ont été publiés dans les revues Textual Practice, Shakespeare et Configurations, ainsi que dans des collections d’essais. Elle a reçu des bourses du Wellesley College, de la Yale University's Medical Library, ainsi que des bibliothèques Huntington et Folger Shakespeare. Elle a effectué des études de premier cycle en littérature et neurosciences au Massachusetts Institute of Technology (États-Unis), puis a poursuivi ses recherches au King's College de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) et à l’université Columbia (États-Unis). Ses recherches se concentrent sur la littérature britannique, la philosophie naturelle et l’histoire du livre des XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que sur l’histoire des neurosciences. Elle a récemment occupé le poste de professeur assistante au Bard College.

Projet - En feuilletant les premières pages modernes : transformations de l’impression et du papier

Au cours de son fellowship USIAS, Lianne Habinek travaillera sur son second projet de livre, Unfolding the Early Modern Page, qui étudiera la manière dont les lecteurs interagissaient avec les premiers livres de l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), en Angleterre et sur le continent. Cette période a vu naître d’innombrables innovations en matière d’imprimerie - des volets animés et des pages pliantes aux gravures de plus en plus élaborées et aux expérimentations avec la typographie et les encres -, qui ont toutes marqué une nouvelle époque pour l’alphabétisation. Si les faits et les connaissances du début de la période moderne se réfèrent à des objets et à des idées qui sont fabriqués (donc construits par des humains), plutôt que comme aujourd’hui à des objets et idées qui existent (et sont donc présumés réels), les lecteurs de l’époque devaient être profondément impliqués dans la création de connaissances par la manipulation de livres interactifs, de façons oubliées depuis suite au développement de la lecture individuelle et silencieuse. Comment ces évolutions de l’imprimerie et de la mise en page ont-elles pu influencer les formes poétiques ? Qui lisait ces véritables ouvrages d’ingénierie - planches d’anatomie pop-up, volvelles astronomiques, manuels de typographie qui encourageaient les lecteurs à écrire sur leurs pages - et comment ceux-ci étaient-ils commercialisés ? Qu’est-ce qui relie ces expériences d’imprimerie aux pratiques intellectuelles modernes, en particulier les recherches actuelles en matière de sciences cognitives et de lecture ? Enfin, comment la littérature du début de l’époque moderne et ses lecteurs ont-ils géré ces « corps de papier », pour emprunter la formulation évocatrice de Margaret Cavendish ?

Ce projet s’inscrit dans la tendance récente des études littéraires à repenser la culture par le biais de la matérialité. Au premier plan de notre interaction concrète avec les livres, le but est de montrer de quelle manière la manipulation - dans son sens premier - façonne ce que nous faisons d’eux/avec eux. Cette recontextualisation de la forme du livre façonnera également l’histoire du livre, ouvrant des possibilités au-delà de l’empirisme souvent aride de ce sous-domaine. Plus largement, elle prend au sérieux une idée centrale à l’étude contemporaine des sciences, qui postule que le discours scientifique isolé n’existe pas. En effet, contrairement aux apparences, les sciences humaines et naturelles sont aussi étroitement liées aujourd’hui qu’elles l’étaient à la Renaissance, même si elles le sont différemment. Enfin, en arrière-plan, un débat vieux de six décennies récemment réactualisé fait rage, encouragé par le constat controversé de C. P. Snow d’un fossé entre « deux cultures ». En feuilletant les premières pages modernes cherche au contraire à rétablir un véritable dialogue en demandant aux humanistes de collaborer concrètement avec les sciences, et en demandant aux scientifiques d’abandonner l’hypothèse que les sciences humaines offrent simplement une fenêtre sur un point particulier de l’histoire.

Durant son fellowship, Lianne Habinek sera hébergée par les professeurs Anne Bandry-Scubbi et Jean-Jacques Chardin au sein de l’unité de recherche Savoirs dans l'espace anglophone : représentations, cultures, histoire (SEARCH) de l’université de Strasbourg.

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