Université de Strasbourg

Lianne Habinek

Biographie

Fellow USIAS, Savoirs dans l'espace anglophone : représentations, cultures, histoire (SEARCH), université de Strasbourg

Lianne Habinek, USIAS Fellow 2019

Lianne Habinek est l’autrice de The Subtle Knot: Early Modern British Literature and the Birth of Neuroscience (McGill-Queen's University Press, 2018). Ses travaux ont été publiés dans les revues Textual Practice, Shakespeare et Configurations, ainsi que dans des collections d’essais. Elle a reçu des bourses du Wellesley College, de la Yale University's Medical Library, ainsi que des bibliothèques Huntington et Folger Shakespeare. Elle a effectué des études de premier cycle en littérature et neurosciences au Massachusetts Institute of Technology (États-Unis), puis a poursuivi ses recherches au King's College de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) et à l’université Columbia (États-Unis). Ses recherches se concentrent sur la littérature britannique, la philosophie naturelle et l’histoire du livre des XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que sur l’histoire des neurosciences. Elle a récemment occupé un poste de maîtresse de conférence (Assistant Professor) au Bard College.

Projet - En feuilletant les premières pages modernes : transformations de l’impression et du papier

15/07/2019 - 14/08/2020

Au cours de son fellowship USIAS, Lianne Habinek travaillera sur le projet de son second livre, Unfolding the Early Modern Page (En feuilletant les premières pages modernes), qui étudiera la manière dont les lecteurs interagissaient avec les livres de l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), en Angleterre et sur le continent. Cette période a vu naître d’innombrables innovations en matière d’imprimerie - des pop-ups et des feuilles à pli aux gravures de plus en plus élaborées et aux expérimentations avec la typographie et les encres -, qui ont toutes marqué l’apparition de nouveaux modes de lecture. Si les faits et les connaissances du début de la période moderne se réfèrent à des objets et à des idées qui sont fabriqués (donc à des constructions humaines), plutôt que comme aujourd’hui à des objets et des idées qui existent (et sont donc présumés réels), les lecteurs de l’époque étaient donc profondément impliqués dans les processus d’acquisition du savoir par la manipulation de livres interactifs, processus aujourd’hui perdus suite au développement de la lecture individuelle et silencieuse. De quelle manière ces évolutions de l’imprimerie et de la mise en page ont-elles pu influencer les formes poétiques ? Qui lisait ces ouvrages, véritables prouesses techniques - planches d’anatomie animées, volvelles astronomiques, manuels de typographie qui encourageaient les lecteurs à écrire sur les pages - et comment ceux-ci étaient-ils commercialisés ? Qu’est-ce qui relie ces expériences d’imprimerie aux pratiques intellectuelles modernes, en particulier les recherches actuelles en matière de sciences cognitives et de lecture ? Enfin, comment la littérature du début de l’époque moderne et ses lecteurs interagissaient-ils avec ces « corps de papier », pour emprunter la formulation évocatrice de Margaret Cavendish ?

Le présent projet s’inscrit dans la mouvance récente des études littéraires qui consiste à repenser la culture par le biais de la matérialité. En s’attachant en premier lieu aux interactions concrètes entre le lecteur et le livre, il s’agit de montrer comment la manipulation (au sens premier du terme) du livre en détermine à la fois l’appréhension et la compréhension. Cette recontextualisation de la matérialité du livre ouvrira un nouveau chapitre dans l’histoire du livre, afin de dépasser l’empirisme souvent aride de ce sous-domaine. Plus largement, elle s’empare d’une idée centrale à l’étude contemporaine des sciences, qui postule qu’un discours scientifique isolé n’existe pas. En effet, contrairement à une idée reçue, les sciences humaines et les sciences de la nature sont aussi étroitement liées aujourd’hui qu’elles l’étaient à la Renaissance, même si elles le sont d’une manière différente. Enfin, le projet s’inscrit dans un débat remontant aux années 1960 et récemment réactualisé, émanant du constat controversé établi par C. P. Snow selon lequel il existe un fossé entre « deux cultures ». En feuilletant les premières pages modernes cherche au contraire à rétablir un véritable dialogue, invitant les chercheurs en sciences humaines à travailler concrètement avec les sciences, et les scientifiques à renoncer à l’hypothèse selon laquelle les sciences humaines offrent simplement une fenêtre sur un point particulier de l’histoire.

Durant son fellowship, Lianne Habinek sera hébergée par les professeurs Anne Bandry-Scubbi et Jean-Jacques Chardin au sein de l’unité de recherche Savoirs dans l'espace anglophone : représentations, cultures, histoire (SEARCH) de l’université de Strasbourg.

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