Université de Strasbourg

Antoine Stier

Biographie

Antoine Stier

Antoine Stier est chercheur au CNRS, rattaché à l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) de Strasbourg (France), et professeur associé à l’université de Turku (Finlande). Ses recherches se situent à la croisée de la physiologie et de l’écologie. Elles portent sur les liens entre les mécanismes physiologiques et les conditions environnementales, ainsi que sur la manière dont ces interactions façonnent le phénotype, les performances, la reproduction et la survie des animaux.

Ses travaux associent études de terrain et approches expérimentales afin de mieux comprendre comment les organismes réagissent à des environnements en mutation rapide. Il dirige actuellement un projet à long terme de l'Institut polaire français consacré à l'étude de la physiologie et de l'écologie du manchot royal, initié dans les années 1970 (IPEV #119).

Antoine Stier a obtenu son doctorat à l'université de Strasbourg en 2013, puis a occupé des postes de chercheur contractuel au sein des universités de Glasgow (2014-2017), Turku (2018-2021) et Lyon 1 (2021-2023). Il a obtenu son habilitation à diriger les recherches en écophysiologie à l'université de Turku en 2021. Il a dirigé trois expéditions scientifiques dans les Terres australes et antarctiques françaises afin de mener des travaux de terrain sur les manchots royaux dans l'archipel Crozet. Il supervise désormais les équipes de terrain qui travaillent sur place chaque année. Il a été éditeur associé du Journal of Thermal Biology (2021-2024) et est désormais éditeur associé de la revue Functional Ecology. L'une de ses principales motivations est le désir de soutenir le développement de jeunes chercheurs, et il supervise ou co-supervise actuellement 7 doctorants et 1 chercheur postdoctoral.

Fellowship 2026

Dates - 01/09/2026-30/09/2028

Résumé du projet

ASSOIFFÉ ET DÉSHYDRATÉ COMME UN MANCHOT ? ÉTUDIER LA BALANCE HYDRIQUE IN NATURA GRÂCE AUX ISOTOPES DE L'OXYGÈNE

Comprendre comment le changement climatique affecte les animaux est essentiel pour pouvoir prédire les réactions des écosystèmes et orienter des stratégies de conservation efficaces. Bien que les régions polaires se réchauffent trois fois plus vite que la moyenne mondiale, l'impact du réchauffement sur les animaux polaires reste peu étudié. Nous avons précédemment démontré que les manchots royaux montrent fréquemment des signes de stress thermique lorsqu'ils se reproduisent à terre. Ils ont recours au halètement pour se rafraîchir, un mécanisme de refroidissement par évaporation pouvant entraîner une perte d'eau importante.

Les manchots royaux ne peuvent pas s'abreuver lorsqu'ils se reproduisent à terre, et sont donc dans un environnement que l'on pourrait qualifier de « désert hydrique ». Ils dépendent par conséquent de la production d'eau issue de leur métabolisme aérobie, ce qui pourrait s'avérer insuffisant pour maintenir leur équilibre hydrique dans un monde en plein réchauffement. Si les manchots souffrent d'une déshydratation importante pendant leur période de reproduction, cela risque de nuire à leur succès reproducteur et, par conséquent, à la viabilité de l'espèce.

Il est difficile d'évaluer le bilan hydrique chez les animaux sauvages. Nous cherchons ici à évaluer la déshydratation des manchots royaux à partir de l'osmolalité plasmatique, et à utiliser une nouvelle méthode basée sur les isotopes de l'oxygène (mesures simultanées de δ17O et de δ18O) pour évaluer les apports et les pertes en eau chez les animaux. Afin d'évaluer les stratégies que le manchot royal pourrait utiliser pour limiter la perte d'eau corporelle, nous mesurerons simultanément la température corporelle et le métabolisme énergétique afin de tester l'hypothèse que l'hypométabolisme et l'hyperthermie facultative pourraient être utilisés pour économiser l'eau lors de périodes de forte chaleur.

En combinant des données historiques (2010-2026) sur la reproduction des manchots royaux et des mesures de déshydratation issues d'échantillons sanguins archivés, nous serons en mesure d'évaluer l'influence des conditions climatiques chaudes sur le succès de reproduction, ainsi que la contribution relative du déséquilibre hydrique aux échecs de reproduction. Ce projet contribuera ainsi à identifier les seuils climatiques au-delà desquels le succès de reproduction diminue, établissant ainsi un cadre prédictif pour la planification de la conservation.

France 2030