Université de Strasbourg

L’oraison funèbre à Athènes : 40 ans après Nicole Loraux

Conférence internationaleDes soldats britanniques admirent l’Érechthéion, sur l’Acropole d’Athènes, en octobre 1944. London, Imperial War Museum, nég. n°TR 2516. Photographe : Capitaine A. R. Tanner.

Du lundi 9 au mercredi 11 juillet 2018, de 9:00 à 17:00

Salle de Conférence - Maison interuniversitaire des sciences de l'Homme-Alsace (MISHA) - 5 allée du Général-Rouvillois - Campus Esplanade - université de Strasbourg - Strasbourg, France

Affiche
5 podcasts sont disponibles ici

Organisateur

David M. Pritchard (université du Queensland/université de Strasbourg)
Email

Index

Résumé

Ce colloque internationale se tiendra à l’université de Strasbourg, du 9 au 11 juillet 2018. Dans les pays anglophones, francophones et germanophones, la fameuse oraison funèbre de Périclès est fréquemment étudiée dans les écoles et les universités. Une fois par an, dans l’Athènes classique, cette oraison était prononcée en l’honneur des soldats morts au combat. Elle était d’une grande importance aux yeux des Athéniens, leur rappelant leur identité en tant que peuple et les raisons du sacrifice de leurs fils à la guerre. Le présent colloque entreprendra l’étude de ce genre littéraire la plus approfondie depuis 40 ans, et l’ouvrage qui en résultera sera publié par Cambridge University Press.

En 1981, la grande historienne française Nicole Loraux a publié une étude révolutionnaire de ce type de discours, prouvant son rôle central dans le maintien du sentiment d’identité des Athéniens. Cette étude, malgré son impact remarquable, était toutefois loin d’être complète. En effet, elle ne comparait pas l’oraison funèbre aux autres genres de la littérature populaire de la cité et, par conséquent, Nicole Loraux n’a pas pu démontrer sa thèse affirmant que l’oraison funèbre était le genre prédominant. Ce colloque se propose donc de compléter son étude en effectuant cette comparaison, apportant de nouvelles études des cinq oraisons existantes ainsi que le compte-rendu le plus exhaustif à ce jour de la place de la guerre dans la culture populaire de la démocratie athénienne. 

Financeurs

SponsorsLa conférence est cofinancée par l’Institut d’études avancées de l'université de Strasbourg, ainsi que les organisations suivantes :

Conférenciers

Les deux conférenciers principaux sont Peter Hunt (université du Colorado à Boulder) et Dominique Lenfant (université de Strasbourg). Les 22 autres conférenciers et présidents de session sont :

  • Nathan Arrington (université de Princeton)
  • Vincent Azoulay (université Paris-Est-Marne-la-Vallée)
  • Ryan Balot (université de Toronto)
  • Thomas Blank (université Johannes-Gutenberg de Mayence)
  • Alastair J.L. Blanshard (université du Queensland)
  • Leonhard Burckhardt (université de Bâle)
  • Jason Crowley (université métropolitaine de Manchester)
  • Jonas Grethlein (université de Heidelberg)
  • Johanna Hanink (université Brown)
  • Judson Herrman (Allegheny College)
  • Paulin Ismard (université Paris I-Panthéon-Sorbonne)
  • Sophie Mills (université de Caroline du Nord à Asheville)
  • Neville Morley (université d’Exeter)
  • Estelle Oudot (université de Bourgogne)
  • Christophe Pébarthe (université Bordeaux-Montaigne)
  • David M. Pritchard (université du Queensland/université de Strasbourg)
  • Charles Pry (université du Queensland)
  • Kurt A. Raaflaub (université Brown)
  • Violaine Sebilotte Cuchet (université Paris I-Panthéon-Sorbonne)
  • Claudia Tiersch (université Humboldt de Berlin)
  • Johannes Wienand (université Heinrich-Heine de Düsseldorf)
  • Bernhard Zimmermann (université de Fribourg-en-Brisgau)

Programme et Podcasts

 Le programme de la conférence est disponible ici.

Informations pratiques

Lieu

  • La conférence se tiendra à la Maison interuniversitaire des sciences de l’Homme-Alsace (MISHA) - 5 allée du Général-Rouvillois, du lundi 9 juillet (9h) au mercredi 11 juillet (17h).
  • Le bâtiment de la MISHA est situé sur le campus de l’Esplanade de l’université de Strasbourg, à environ 1,5 km à l’est du centre-ville. L’arrêt de tram le plus proche  est « Observatoire » (voir carte ci-dessous).

Inscription

  • Les frais d’inscription à la conférence s’élèvent à 145 €. Ils couvrent les déjeuners quotidiens ainsi que le dîner du lundi 9 juillet.
  • Les inscriptions sont maintenant closes.

Hôtels

  • L’hôtel « officiel » de la conférence est l’hôtel Ibis Strasbourg Centre Gare. Il propose un tarif préférentiel de 65 €/nuit aux participants (veuillez indiquer 'université de Strasbourg' lors de la réservation).
  • Pour les personnes souhaitant payer un peu plus afin de séjourner dans un hôtel historique et familial, l’Hôtel du Dragon applique un tarif spécial aux personnes liées à l’université de Strasbourg de 90 € (veuillez indiquer 'université de Strasbourg' lors de la réservation).

Voyage

  • Train
    • Strasbourg se situe à environ 2 heures de train de Paris et de Francfort-sur-le-Main.
  • Avion
    • L'aéroport le plus proche est Strasbourg Entzheim (SXB). Une navette relie l'aéroport à la gare centrale en 9 minutes (départs 4 fois/heure).
    • L'aéroport de Karlsruhe-Baden (FKB) est à environ 40km de Strasbourg (service navette à partir de 20€ / taxi environ 80€).
    • L'aéroport de Bâle-Mulhouse (BSL) est à 130 km (navette bus à la gare de Saint Louis, ensuite train à Strasbourg).
    • L'aéroport de Francfort-sur-le-Main (FRA) est à 200 km (environ 2.5h avec le bus Lufthansa).

Carte


Thème de la conférence

Chaque année, les Athéniens de l’époque classique organisaient des funérailles publiques pour leurs concitoyens morts à la guerre. Les deux premiers jours, ils exposaient les cercueils des soldats défunts dans le centre-ville d’Athènes. Le troisième jour, ils les portaient au cimetière public dans une grande procession, et les installaient dans un monument funéraire luxueux, construit et financé par la cité. L’un des dirigeants politiques de cette dernière y prononçait une oraison funèbre, ostensiblement composée en l’honneur des soldats. En 1981, Nicole Loraux a publié une étude révolutionnaire de ce type de discours, L'Invention d'Athènes. Histoire de l'oraison funèbre dans la « cité classique ». Avant cet ouvrage, les historiens n’y accordaient que peu d'importance, mais Nicole Loraux a démontré qu’il jouait un rôle central dans la manière dont se percevaient les Athéniens. Chaque oraison donnait une image similaire : les Athéniens étaient toujours victorieux et capables de repousser les envahisseurs étrangers, parce qu’ils étaient plus braves que tous les autres Grecs, et leurs guerres, toujours justifiées, n’apportaient que des avantages. L’Invention d'Athènes a montré que ces oraisons funèbres évoquaient généralement cette image en narrant l’histoire militaire historique et mythique d’Athènes. Cette étude soutenait également des opinions audacieuses sur ce genre littéraire : en effet, pour Nicole Loraux, ce dernier était essentiel au maintien de l’identité athénienne, dont le contenu était selon elle réduit aux thèmes ressassés par les oraisons. En outre, l’Invention d'Athènes affirmait que cette identité perçue a influencé négativement la manière dont le dēmos (peuple) menait ses affaires étrangères. Toutefois, cette étude ne comparait pas systématiquement l’oraison funèbre aux autres genres de la littérature populaire de la cité, empêchant par conséquent Nicole Loraux de prouver sa thèse.

Cette conférence se fonde donc sur son étude, célèbre à juste titre, afin de la compléter en procédant à cette comparaison. La première manière consiste à explorer dans quelle mesure les autres genres ont reproduit les lieux communs de l’oraison funèbre : en dramatisant les exploits militaires mythiques du genre, la tragédie a indubitablement contribué à renforcer cette image des Athéniens, tandis que la comédie la parodiait régulièrement ; tous ces aspects plaident en faveur de l’importance de l’oraison funèbre. En d’autres occasions, toutefois, ces deux genres allaient à l’encontre des clichés, dépeignant par exemple, outre les avantages, le coût humain colossal de la guerre. Si la thèse de Nicole Loraux concernant l'impact négatif des oraisons funèbres est correcte, l’image des Athéniens promue par ces dernières a dû jouer un rôle important dans les débats de l’assemblée sur la guerre. Les discours politiques qui nous sont parvenus étayent partiellement cette théorie, car ils montrent que les propositions de guerre étaient souvent formulées en termes de justice. Il apparaît toutefois que cette façon de présenter les conflits n’était pas réservée au genre de l’oraison funèbre.

La seconde manière dont la conférence procède à cette comparaison est par l’étude des moyens employés par ces différents genres pour décrire l’histoire militaire, la démocratie et les marins de l’État. Cet aspect nous mènera lui aussi à modifier la thèse de Nicole Loraux : en effet, il ne fait aucun doute que l’oraison funèbre a défini le modèle de description des guerres athéniennes, cependant, ce n’était pas le cas pour d’autres thèmes communs. Par exemple, c’est la tragédie qui déterminait la représentation de la démocratie, et tous les genres reflétaient de la même manière la vision positive des marins par le dēmos.

L’Invention d'Athènes a donc montré la nécessité d’étudier l’intertextualité de l’oraison funèbre et, en procédant à une telle analyse, la conférence mesurera à quel point ce genre était important pour la culture populaire athénienne, et apportera le compte-rendu le plus exhaustif à ce jour de la représentation de la guerre dans la démocratie athénienne. Elle étudiera également de manière totalement nouvelle les cinq exemples complets d’oraisons funèbres, dans la mesure où chacun d’entre eux continue à poser problème. En effet, la première oraison, censée être celle prononcée par Périclès en 431 avant J.-C., nous vient de Thucydide, qui ne notait pas avec exactitude les discours. Des incertitudes demeurent également quant aux oraisons funèbres de la Guerre de Corinthe, puisque ce ne sont pas leurs auteurs qui les ont prononcées : Lysias, en tant que métèque, n’en avait pas le droit, et Platon détestait la politique démocratique. Pour chacun de ces exemples, la conférence se demande pourquoi chacun des auteurs a écrit ou recopié le discours, et à quel degré il représente un exemple valide du genre. Les deux autres oraisons doivent également être ré-examinées, car bien qu’elles aient respectivement été prononcées en 337 et 321 avant J.-C., la paternité de Démosthène n’est pas prouvée, et le texte d’Hypéride s’écarte de nombreux lieux communs du genre. En outre, depuis la publication du livre de Nicole Loraux en 1981, de nombreuses découvertes ont été faites au sujet des monuments funéraires et de l’histoire culturelle d’Athènes. Par conséquent, la conférence ré-examinera également la relation entre l’oraison funèbre et les funérailles publiques, ainsi que la thèse de Nicole Loraux affirmant que ces deux rituels constituaient une démocratisation de pratiques de l’élite.  En outre, dans la mesure où l’histoire de la réception est aujourd’hui une sous-discipline majeure, la conférence peut également entreprendre ce que Nicole Loraux n’a jamais tenté : commencer à écrire l’histoire de la réception des oraisons funèbres à l’époque antique et moderne.

Contact

David M. Pritchard (université du Queensland/université de Strasbourg)
Email

 

Crédit image: British soldiers admire the Erechtheum on the Acropolis in Athens during October 1944. London, Imperial War Museum, neg. no. TR 2516. Photographer: Captain A. R. Tanner.

Investissements d'Avenir