Université de Strasbourg

Kirk Ormand

Biographie - Kirk Ormand

Département d’études classiques, Oberlin College, États-Unis & Fellow USIAS, Archéologie et histoire ancienne : Méditerranée-Europe (ArcHiMedE) - UMR 7044, université de Strasbourg et CNRS

Kirk Ormand, USIAS Fellow 2020Kirk Ormand est titulaire d’une licence en langues classiques du Carleton College (États-Unis) et d’un doctorat d’études classiques de l’université Stanford (États-Unis). Il est professeur Nathan A. Greenberg d’études classiques à l’Oberlin College.

Le professeur Ormand est l’auteur des ouvrages suivants : Exchange and the Maiden: Marriage in Sophoclean Tragedy (1999) ; Controlling Desires: Sexuality in Ancient Greece and Rome (2nd ed., 2018) ; The Hesiodic Catalogue of Women and Archaic Greece (2014). Il a également dirigé A Companion to Sophocles (2012) et co-dirigé (avec Ruby Blondell) Ancient Sex: New Essays (2015). Il a publié des articles sur Homère, Hésiode, Hipponax, Sophocle, Euripide, Ovide, Lucain, le roman grec et Michel Foucault.

Kirk Ormand a reçu le prix du John J. Winkler Memorial Trust pour un essai sur « un domaine risqué ou marginal des études classiques », le prix Barbara McManus du Women’s Classical Caucus pour son travail sur le genre dans la Grèce et la Rome antiques, et le prix Basil Gildersleeve décerné par l’American Journal of Philology. Il a également été professeur Elizabeth Whitehead à l’American School of Classical Studies d’Athènes.

Les recherches actuelles du professeur Ormand s’intéressent aux fragments de poésie d’invective grecque en tant que forme de discours poétique et politique durant les 7e et 6e siècles avant notre ère.

Au cours de son séjour à Strasbourg, Kirk Ormand sera accueilli par le professeur Michel Humm au sein de l’UMR Archéologie et histoire ancienne : Méditerranée-Europe (ArcHiMedE).

Projet - Poésie d’invective, classe sociale et genre dans la Grèce archaïque

01/09/2020 - 31/08/2021

Dans le cadre de son projet USIAS, le professeur Ormand propose de rédiger un ouvrage examinant le phénomène discursif de la poésie d’invective de la Grèce archaïque, en étudiant ses caractéristiques au regard des évolutions sociales qui se sont produites au cours de cette période turbulente de l’histoire grecque. Il prévoit d’examiner les fragments d’Archiloque, d’Hipponax et de Sémonide, ainsi que des poésies d’invective de poètes mieux connus pour d’autres thèmes, dont Alcée, Anacréon et Sappho. En outre, il prendra en compte les éléments des biographies de ces poètes, généralement considérés comme fictionnels, qui témoignent de la manière dont les Grecs anciens considéraient leur poésie comme un reflet de leur vie. Il examinera ces éléments à travers deux prismes d’étude scientifique : leurs interactions avec la classe sociale, et leurs descriptions des relations de genre. En effet, comme le professeur Ormand l’a déjà défendu, ces deux structures ont connu des changements significatifs au cours de la période archaïque (Ormand, 2014). Il considère par conséquent la poésie d’invective comme symptomatique de structures sociales en évolution.

Les deux poètes de la période archaïque les plus célèbres pour leurs invectives sont également des poètes ayant adopté un personnage anti-élite ou « moyen ». En effet, plutôt que d’exalter les valeurs de la naissance noble, de la beauté physique et de l’échange de cadeaux aristocratique, ils ont défendu un mode de vie modéré au service de la communauté. Archiloque en particulier présente un personnage opposé aux valeurs élitistes d’autres genres de poèmes (notamment épiques). Il suggère que la cible de ses attaques, un homme qu’il nomme Lycambès, a violé le contrat social et mérite par conséquent d’être ridiculisé en public.

Le discours de l’invective révèle différents modes de pensée concernant les femmes et le genre, et ce de plusieurs manières. Tout d’abord, le genre de l’invective est, dans certains textes, lié aux pratiques rituelles féminines à travers la figure d’Iambé (à qui le sous-genre iambique est lié). Iambé est principalement connue pour avoir soulagé la peine de Déméter en effectuant des gestes obscènes et/ou en racontant des plaisanteries osées. Sous cet angle, le genre de l’invective semble être un genre « féminin », ou au moins trouver d’obscures origines dans des rituels excluant les hommes. Lorsque les poètes masculins écrivent des invectives, toutefois, celles-ci adoptent un point de vue distinctement masculin. Les femmes sont parfois l’objet des invectives (même si c’est bien plus souvent le cas dans l’invective romaine) : leur corps peut être dépeint comme grotesque, et leur comportement - en particulier sexuel - comme une violation des normes sociales. Même lorsque la cible de l’attaque est un autre homme, le narrateur le ridiculise fréquemment à travers la description d’un comportement sexuel inconvenant, ou en le présentant comme le perdant dans une lutte pour les faveurs sexuelles d’une femme. Ainsi, l’invective nous apporte une vision plus précise des insécurités des hommes par rapport aux femmes et aux normes comportementales de genre de la période archaïque.

Le professeur Ormand étudiera également une question essentielle, à savoir pourquoi l’invective, en particulier l’invective iambique, prospère pendant approximativement 150 ans (d’environ 650 à 500 avant notre ère), et pourquoi elle cesse d’être un genre effectif dans la poleis classique émergente.

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