Université de Strasbourg

Franck Fischbach & Éric Pineault

Biographie – Franck Fischbach

Centre de recherches en philosophie allemande et contemporaine (CREPHAC) - UR 2326, université de Strasbourg

Franck Fischbach, USIAS Fellow 2020Franck Fischbach est ancien élève de l’école normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud (1987), agrégé de philosophie (1991), docteur (1996) habilité (2002) en philosophie de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a été enseignant-chercheur au sein des universités de Toulouse-Jean-Jaurès (1997-2009) et de Nice-Côte d’Azur (2009-2013) avant de devenir, en 2013, professeur en philosophie allemande moderne et contemporaine à l’université de Strasbourg, où il est chercheur rattaché au Centre de recherches en philosophie allemande et contemporaine (CREPHAC, UR 2326). Le professeur Fischbach a été doyen de la faculté de philosophie de 2014 à 2018. Il est actuellement président de la section 17 (philosophie) du Conseil national des universités (CNU).

Ses recherches ont d’abord porté sur l’idéalisme allemand (Fichte, Hegel, Schelling) ainsi que sa réception heideggerienne, puis – via l’étude du jeune-hégélianisme et la problématique de l’activité et de la pratique – sur Marx et la théorie critique. Franck Fischbach contribue à légitimer épistémologiquement et historiquement le domaine de la philosophie sociale en consacrant ses travaux à des problèmes et à des enjeux (la reconnaissance, l’aliénation, le travail, le social, le socialisme, la critique sociale) relevant du domaine de celle-ci. Son travail s’oriente actuellement dans deux directions : d’une part un questionnement de l’articulation entre société et nature, d’autre part une problématisation du « faire ensemble » et de l’action conjointe.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages en nom propre, parmi lesquels : Du commencement en philosophie. Étude sur Hegel et Schelling (Vrin, 1999), La reconnaissance. Fichte et Hegel (PUF, 1999), L’Être et l’Acte (Vrin, 2003), La production des hommes (PUF, 2005), Sans objet. Capitalisme, subjectivité, aliénation (Vrin, 2009), Manifeste pour une philosophie sociale (La Découverte, 2009), La privation de monde. Temps, espace et capital (Vrin, 2011), Le sens du social (Lux, 2015), Philosophies de Marx (Vrin, 2015), Qu’est-ce qu’un gouvernement socialiste ? (Lux, 2017), et Après la production. Travail, nature et capital (Vrin, 2019).

Biographie - Éric Pineault

Institut des sciences de l’environnement, université du Québec à Montréal (UQAM), Canada & Fellow USIAS, Centre de recherches en philosophie allemande et contemporaine (CREPHAC) - UR 2326, université de Strasbourg

Éric Pineault, USIAS Fellow 2020Éric Pineault est titulaire d’un doctorat en cotutelle en économie des institutions et en sociologie de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris et de l’université du Québec à Montréal (2002). Depuis, le cœur de ses recherches consiste à contribuer à l’économie politique et à la théorie critique du capitalisme avancé. Ses recherches doctorales (1999-2002) portaient sur l’émergence et les structures d’un régime d’accumulation financiarisée dans le capitalisme avancé. En 2003, il devient professeur au département de sociologie de l’université du Québec à Montréal (UQAM), où il continue à analyser la financiarisation, mais d’un point de vue plus empirique, ce qui a mené à plusieurs publications sur les impacts de ce régime sur les firmes et les ménages.

Après la crise de 2008, ses recherches se concentrent sur les impacts structuraux et macro-économiques des politiques d’austérité, qu’il analyse comme une forme de lutte de classe menée par le haut de la société. Ce programme de recherche a été élaboré en collaboration avec les mouvements sociaux et syndicaux de lutte contre ces politiques au Québec. En parallèle, le professeur Pineault développe un cadre analytique permettant d’étudier le développement du secteur extractif au Canada, en particulier la manière dont l’industrie des sables bitumineux façonne la trajectoire du capitalisme canadien. C’est dans ce contexte qu’il s’est initié aux travaux en métabolisme social et en économie écologique. Ses recherches actuelles sur l’écologie sociale du capital portent sur l’intégration de ses approches et de leurs concepts à l’économie politique du capitalisme avancé.

À l’UQAM, Éric Pineault enseigne l’économie écologique et l’écologie sociale au sein de l’institut des sciences de l’environnement, et la sociologie économique au département de sociologie.  À compter du 1er juin 2020, il deviendra directeur de l’institut des sciences de l’environnement. 

Le professeur Pineault a publié plusieurs articles et chapitres de livres sur les thèmes présentés ci-dessus. En 2016, il a publié avec David Murray Le piège Énergie Est chez Écosociété. 

Lors de son séjour à Strasbourg, le professeur Pineault sera accueilli par le professeur Fischbach et le professeur Anne Merker au Centre de recherches en philosophie allemande et contemporaine (CREPHAC).

Projet – Histoire naturelle du capitalisme avancé

01/11/2020 - 31/05/2022

La thèse selon laquelle les sociétés industrielles modernes se sont libérées de la dépendance à l'espace qui caractérisait les sociétés agraires a été développée pour la première fois par l'historien et théoricien de l'environnement allemand Rolf Peter Sieferle. L’objectif de ce projet est d'approfondir cette thèse et de la compléter par l'idée que ces mêmes sociétés modernes, libérées de la dépendance à l'espace, sont tombées dans une nouvelle dépendance : la dépendance au temps géologique. En effet, toutes les sociétés antérieures aux formations sociales capitalistes industrielles jouissaient d’un métabolisme limité et restreint par leur capacité à s'approprier les fruits de la productivité biologique. La subsistance et les surplus étaient médiés par l'espace et par les processus écologiques qui déterminaient la productivité biologique.

Dans les sociétés capitalistes contemporaines, la géologie - sous forme de combustibles fossiles et d'extraction massive de minéraux et de métaux par des machines elles-mêmes alimentées par des combustibles fossiles - sert de médiateur pour la production de toutes les marchandises. Sans la géologie, la force de travail serait incapable d'assurer le métabolisme social propre aux sociétés contemporaines. Nous nous sommes apparemment émancipés des limites de la productivité biologique et de l'écologie basées sur l'espace. Et pourtant, la médiation géologique du métabolisme des sociétés capitalistes avancées, qui a soutenu une croissance économique et une accumulation de surplus sans précédent, rencontre ses propres limites sous la forme du changement climatique. La question que nous posons est de savoir si les sociétés capitalistes avancées ne seraient pas tombées dans une nouvelle dépendance : en exploitant l'immense réserve de puissance accumulée que sont les combustibles fossiles pour accélérer leur croissance, ces sociétés se sont soumises à la lente irréversibilité du temps géologique qui a été accélérée par leurs propres activités.

L'objectif de ce projet est de contribuer à l'analyse de l'historicité propre aux sociétés capitalistes avancées, ainsi qu'à la compréhension des contradictions écologiques de leur développement. Bien que la science naturelle du réchauffement global et du changement climatique travaille avec le concept de temps géologique lent et comprenne que l'impact anthropique accélère ce temps, une enquête fondamentale – c’est-à-dire philosophique – portant sur la nature du temps géologique en tant que mode de subsomption du développement capitaliste n'a pas encore été entreprise. Et si « accélération » est devenu un mot clé pour comprendre la culture et la dynamique des sociétés capitalistes contemporaines (Rosa, 2005), y compris leur impact environnemental, une enquête fondamentale sur l'accélération de l’histoire naturelle par le capital reste à réaliser elle aussi. Enfin, l’enquête des professeurs Fischbach et Pineault veut contribuer aux débats au sein de la théorie marxienne contemporaine, en particulier concernant la priorité de l'espace sur le temps, mise en avant par des auteurs tels qu'Anderson et Jameson, de même qu’elle espère également contribuer à enrichir les concepts de « temps abstrait » et d'« énergie abstraite » développés par Postone (1994) et Lohmann (2014).

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