Université de Strasbourg

Symposium 2018

L'homme Handicapé Instrumenté : réalité technologique et perspective sociétale

Mercredi 21 novembre 2018, 15:00-16:30
Salle de conférence, ISIS
8 allée Gaspard Monge, Strasbourg (accès)

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inscription

 

Introduction

Le Symposium annuel 2018 présente le neurochirurgien d’exception Alim-Louis Benabid, pionnier de la stimulation cérébrale profonde dans le traitement de la maladie de Parkinson et, plus récemment, du développement d’un exosquelette contrôlé par la captation de signaux cérébraux permettant aux personnes paraplégiques de marcher à nouveau.

Programme

15:00    Mots d’ouverture 
15:05   Présentation des Fellows USIAS 2018 par Thomas Ebbesen, Directeur de l’USIAS
15:15 Introduction par Jacques Marescaux, IRCAD, USIAS
15:20  Conférence par Alim-Louis Benabid , Université de Grenoble, Clinatec :
L'homme Handicapé Instrumenté : réalité technologique et perspective sociétale
16:15  Débat
16:30   Réception

Résumé

L'homme Handicapé Instrumenté : réalité technologique et perspective sociétale

Depuis plus de 30 ans, la médecine comme la technologie cherchent à compenser les déficits sensitivomoteurs ainsi que leur impact sur la qualité de vie des blessés de la moelle épinière, notamment les tétraplégiques. Si les atteintes en dessous du niveau thoracique sont responsables d'une paraplégie souvent complète, les neuroprothèses mécaniques sont de plus en plus performantes, permettant une réinsertion sociale plus acceptable, tant sur le plan sportif pour les membres inférieurs que sur le plan professionnel grâce à une autonomie sensitivomotrice conservée au-dessus de l'abdomen.

À l’opposé, les lésions cervicales basses préservent une autonomie respiratoire diaphragmatique, mais induisent une perte sensitivomotrice des quatre membres, épargnant néanmoins les métamères antérieurs des membres supérieurs. Le handicap qui en résulte est incompatible avec une autonomie individuelle même domestique (absence de toute mobilité de déplacement, de contrôle de la posture du tronc et limitation fonctionnelle des membres supérieurs où ne restent souvent que la flexion du coude et du poignet).

exoskeleton neuroprosthesisLes tentatives actuelles font appel à tous les secteurs de la biologie et de la technologie : transposition musculaire, cellules souches, accessoires de substitution. Dans ce contexte, nous avons initié un programme neuroprosthétique morphomimétique (enveloppe exosquelettique motorisée), mobilisant les quatre membres par une commande issue des sites cérébraux corticaux dédiés à leur mobilisation. Cette commande prend sa source au niveau du cortex sensitivomoteur, de manière minimalement invasive (capteurs intracrâniens extra-duraux, transmission des données et alimentation « wireless »). Le décodage du flux de données ECoG doit être rapide, fiable et pauvre en faux positifs afin de construire des modèles permettant une motricité avancée des quatre membres. Ce projet a été exécuté et la première implantation réalisée il y a 15 mois. Le malade maîtrise 11 degrés de liberté. L'extension vise à  accroître la qualité des réponses, la précision d’atteinte des cibles et la gestion simultanée de tâches différentes.

L'objectif premier étant atteint, il faut rendre l'ensemble utile et sûr par le pilotage mental du fauteuil roulant (objectif domestique), le déplacement auto-équilibré de l'exosquelette en l’associant à un Segway (objectif public citadin) et la compatibilité avec une mini-pelle pilotable comme un fauteuil roulant (objectif de réinsertion dans le monde du travail).

Il faut enfin prévoir l'intégration sociétale par la création d'une filière d'aides de vie section HHI et d'une prise en charge concertée avec les assurances, actuellement très intéressées. Le défi scientifique a été relevé, le défi social doit l'être à son tour. Nous aurons réalisé une démarche cohérente, partant du malade vers la société où il doit retrouver une place décente.

Conférencier

Alim Louis Benabid

Le neurochirurgien et physicien Alim-Louis Benabid a révolutionné le traitement de la maladie de Parkinson et d'autres maladies neurologiques grâce à la stimulation cérébrale profonde (SCP) à haute fréquence. Consistant à stimuler électriquement certaines régions du cerveau via une électrode, son procédé permet de limiter efficacement les tremblements des malades. Ce « pacemaker pour le cerveau » est aujourd'hui utilisé dans le monde entier et a déjà permis de changer la vie de plus de 150 000 patients, qui peuvent de nouveau mener une vie autonome et fonctionnelle. Plus récemment, il a commencé à travailler sur le développement d’un exosquelette contrôlé par la captation de signaux cérébraux qui permet aux personnes paraplégiques de marcher à nouveau.

Né en 1942 à Grenoble, Alim-Louis Benabid a passé son enfance à Sétif, en Algérie, puis il est revenu à Grenoble où il a mené ses études secondaires, puis ses études supérieures au sein des facultés de médecine et des sciences. Professeur de biophysique à l'université Joseph-Fourier de Grenoble de 1984 à 2007, il a été directeur de l'unité de recherche 318 de l’Inserm « Neurobiologie préclinique » (1988-2006) et chef du service de neurochirurgie du Centre hospitalier universitaire de Grenoble (1989-2005). Il est également professeur honoraire à l’Institut universitaire de France depuis 1999, officier de la Légion d'honneur depuis 2012 et membre de l'Académie des sciences depuis 2002.

Alim-Louis Benabid a centré ses recherches sur plusieurs pathologies du cerveau, en particulier les tumeurs et les mouvements anormaux et développé la chirurgie dite stéréotaxique, qui permet de cibler de façon très précise certaines zones du cerveau. Il en a étendu les applications au traitement de patients atteints de la maladie de Parkinson résistants aux médicaments ainsi que d’autres troubles cérébraux.

Conseiller scientifique auprès du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) depuis 2007, il associe aujourd’hui ses recherches dans ce domaine à celles menées dans le champ des nanotechnologies, dans le cadre du projet CLINATECDéveloppé par la direction de la recherche technologique du CEA, en partenariat avec le CHU de Grenoble, l’Inserm et l’université Joseph-Fourier de Grenoble, ce laboratoire de recherche biomédicale dédié aux applications des micro-nanotechnologies dans le domaine de la santé répond à un enjeu de santé publique majeur : développer de nouvelles approches thérapeutiques des maladies cérébrales.

Alim-Louis Benabid a reçu de multiples prix au cours de sa carrière, dont le prix Albert-Lasker pour la recherche médicale clinique 2014, décerné par la Fondation américaine Lasker pour ses travaux sur la maladie de Parkinson, le prix Breakthrough 2015 dans la catégorie « sciences de la vie » et le prix de l'Inventeur Européen 2016 dans la catégorie « recherche » (l’une des compétitions européennes les plus prestigieuses de sa catégorie).

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